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dimanche 25 décembre 2016

ROMAN "AMY WILLIAMS, L’ACADÉMIE" : EPISODE 5 TOME 2 par Kaltoum


          - Videz vos poches, ordonna une Silhouette en tendant sa main osseuse vers Steve et Neil. Et rapidement.
            Les deux prisonniers s'exécutèrent, la tête baissée.
            - Un couteau ? fit la Silhouette avec mépris. J'espérais mieux de la part de votre directeur. Notre peau n'en a peut-être pas l'air, mais elle est impossible à couper.
            - Trente-six, qu'est-ce que tu fiches ?demanda une voix depuis le cockpit.
            - Je fouille les deux aléatoires, expliqua la Silhouette en grommelant.
            - Le chef a dit de ne pas les toucher et de les laisser.
            - Très bien, répondit simplement « Trente-six » en s'approchant de la petite baie vitrée. Vous deux, vous ne bougez pas, menaça la Silhouette en tournant les talons.
            Une fois loin de leurs ravisseurs, Neil prit la parole :
            - Où ont-ils emmenés Amy ?
            - Je ne suis pas sûr qu'ils l'aient prise, avoua Steve. Je l'ai vue s'enfoncer dans la terre. Elle avait l'air...sereine, acheva-t-il en fronçant les sourcils. Peut-être que c'était un coup monté.
            - Ne vous inquiétez pas, votre amie est bien chérie là où elle est, intervint la voix nasillarde de Trente-six à travers un haut-parleur placé juste au-dessus de leurs têtes.
            - Vous nous écoutez ?demanda Neil, frustré.
            - Procédure habituelle, se justifia Trente-six.
            - Tu parles trop, lui souffla son acolyte. Ça risque de se faire savoir par le chef.
            - On arrive, annonça Trente-six sans prêter attention aux avertissements de son coéquipier. Attachez-vous, la descente risque d'être assez...hum, dangereuse.
            Steve jeta un coup d'oeil à travers la fenêtre et constata avec effroi qu'il ne reconnaissait pas les lieux. Pourtant, l'hélicoptère n'avait pas pu parcourir beaucoup de chemin en seulement cinq minutes. Peut-être qu'ils avaient été endormis pendant une partie du trajet pour ne pas connaître le chemin du retour...Mais dans ce cas, pourquoi les Silhouettes les auraient-elle empêcher de retourner à l'Académie ? Steve chassa ces idées de sa tête et attacha sa ceinture, le regard vide.
            L'hélicoptère atterrit sur la piste et roula encore quelques secondes avant de s'immobiliser. Les pales de l'engin continuaient quand même de tourner, faisant tourbillonner la poussière autour d'eux comme des mini-tornades. Neil et Steve s'agglutinèrent autour de la fenêtre, admirant le tourbillon de sable qui leur obscurcissait la vue.  Bientôt, le ciel disparut et Steve comprit que l'hélicoptère descendait dans la terre.
            « Les pales, en tournant, creusent dans la terre et créent un tunnel », pensa-t-il.
            - Bien pensé, fit la voix de Trente-six depuis le haut-parleur.
            Steve se renfrogna et se tassa au fond de son siège. L'hélicoptère ne tarda pas à se poser et une foule de Silhouettes commença à se former tout autour d'eux.
            - On est des stars, ironisa Neil en se mordillant nerveusement un ongle.
            - Ne fais pas le malin, lui conseilla Steve.
            - Vaut mieux ça que de pleurer dans son coin, rétorqua Neil en se levant. Allez, nos amis nous appellent.
            Steve détacha sa ceinture et épousseta sa chemise. Il repensa à Amy qui s'enfonçait dans la terre et conclut qu'elle avait dû prendre un chemin privilégié pour les rejoindre ; car eux aussi étaient désormais au même niveau qu'elle. Une alarme l'arracha à ses pensées et il sauta de l'hélicoptère. La foule de Silhouettes se resserra autour de lui.
            Se sentant oppressé, Steve chercha Neil du regard mais le trouva pas. La panique s'empara peu  peu de lui et il commença à gigoter dans tous les sens, sous le regard méprisant des Silhouettes.
            - Votre ami a rejoint l'Antichambre, déclara Trente-six d'un ton las. Veuillez suivre les Dizaines jusqu'à lui.
            Dix Silhouettes s'approchèrent encore plus de Steve et le prirent par les bras. Les autres les suivirent en rangs de sept, marchant au même rythme, comme une parade militaire.
            Au grand étonnement de Steve, les Silhouettes avançaient très rapidement. Ils arrivèrent bientôt devant une porte en verre semblable à celle de l'Académie, ce qui le rassura un peu. Une fois ouvertes, les portes donnaient sur une immense salle sobrement décorée. Des bancs en bois recouverts d'une épaisse couche de velours encerclaient petit bassin rectangulaire d'où émanait une étrange lueur bleutée. Pendant un moment, Steve cru voir le visage d'Amy flotter à la surface. Il secoua la tête, fatigué, et s'assit sur l'un des bancs. Trente-six sortit une seringue de sa poche et l'approcha vers le cou de Steve. 
            - Que faites-vous ?demanda-t-il, angoissé.
            - Taisez-vous.
            Trente-six enfonça l'aiguille dans la peau de Steve et la retira lentement, satisfaite.
            - Deux de moins pour le moment, annonça-t-elle joyeusement à ses camarades ravis.

dimanche 4 décembre 2016

ROMAN "AMY WILLIAMS, L’ACADÉMIE" : EPISODE 4 TOME 2 par Kaltoum

Au détour d'un virage, la falaise apparut enfin. Elle était immense mais il n'y avait aucune trace de vie dessus.
- On a dût se tromper, décréta Steve, le nez collé à la vitre.
- Impossible, répliqua le chauffeur. Il n'y a pas d'autres falaises ici et le système d'alerte nous informe que nous sommes en zone non recommandée.
- Il faudrait peut-être sortir ? suggéra Neil.
- Parce que tu penses que l'Ombre va gentiment nous accueillir et nous offrir une tasse de thé ?
- Et si on reste cloîtrés dans cette voiture, tu penses que ça va changer quelque chose à notre sort ?
- Neil a raison, intervint Amy. Peut-être que la maison de l'Ombre est sous la terre, et si c'est le cas, ce n'est pas dans une voiture qu'on le saura.
- C'est bon, vous avez gagné, céda Steve en sifflant. Mais vous restez ici, c'est moi qui sors.
- Ah non, c'est à moi d'y aller puisque c'est moi que l'Ombre a invitée.
Steve réfléchit un moment puis acquiesça de la tête.
- Bon, d'accord. Alors Neil, tu restes avec le chauffeur jusqu'à ce que l'on re-vienne. Quand on aura trouvé par où entrer, on viendra te chercher.
- Donc, je ne sers à rien, grimaça Neil en croisant les bras.
- Si, tu entreras avec Amy, c'est beaucoup, tu sais.
- Je passe une porte, génial le rôle que vous m'avez donné. C'est sympa, vrai-ment.
- Neil, ce n'est pas négociable, alors arrêtes tes enfantillages.
Le jeune garçon grogna et se tourna vers Amy qui était déjà dehors, espérant qu'elle ferait changer Steve. Malheureusement, celle-ci était trop occupée à chercher une quelconque entrée à l'empire de l'Ombre. Steve jeta un regard rassurant au chauffeur, leva le doigt comme pour dire quelque chose puis s'abstint et claqua la portière. Il vit Amy agiter les bras vers le ciel où un hélicoptère tournait autour de la montagne. Steve la rejoignit.
- Steve, c'est un hélicoptère de l'Ombre !
- Comment le sais-tu ?
- Les initiales, Steve, I, U, Q, L. in umbra quam lux. La devise de l'Ombre.
- Je te testais, c'est tout, se justifia Steve en s'approchant prudemment de l'hélicoptère qui venait tout juste d’atterrir. Allez, on y va.
Soudain, Amy se figea. Elle avait oublié le paquet de Clara dans la voiture, et son « amie » lui avait clairement fait comprendre ce qui pourrait lui arriver si elle ne le remettait pas à sa tante prisonnière.
- Steve, je dois retourner à la voiture. C'est urgent. J'ai...j'ai oublié quelque chose.
- Neil !s'exclama Steve en se tapant le front du plat de sa main. On l'a oublié ! Je vais aller le chercher, explique-leur en attendant, fit Steve en désignant d'un signe de tête la bande de Silhouettes qui approchait à vive allure.
- Non, faisons l'inverse, répliqua Amy. Si j'y vais, ils risquent de m'emmener sans vous puisque c'est moi que l'Ombre a appelée ; alors que si c'est toi qui reste avec eux, ils m'attendront.
Amy ne laissa pas le temps à Steve de la contredire et courut vers la voiture. Elle frappa à la vitre et demanda à Neil de rejoindre Steve. Une fois son ami parti, elle glissa sa main sous la banquette arrière et récupéra le colis cylindrique que Clara lui avait donné. Elle le cacha sous son tee shirt, remercia le chauffeur de les avoir accompagnés et reparti en courant vers la piste d'hélicoptère improvisée.
Steve et Neil étaient sur leurs gardes, alignés face à quatre Silhouettes. Lorsque Amy se présenta, l'une d'elle s'avança et tendit son bras décharné vers elle.
- Par ici, murmura-t-elle. Par ici, Amy Lauren Connor Williams, par ici.
Cela faisait deux fois qu'on l'appelait « Amy Lauren Connor Williams ». Amy fronça les sourcils et s'avança, une main sur le paquet de Clara.
- Avez-vous vraiment cru que Sa Souveraineté allait vous envoyé à la vraie base ?demanda une autre Silhouette à l'adresse de Steve.
- Eh bien...
- Vous êtes trop naïfs, le coupa la Silhouette en retenant un fou rire. Montez, ordonna-t-elle ensuite en les empoignant par le bras. On a une petite surprise avant d'arriver à destination.
Deux Silhouettes s'avancèrent, un bandeau noir dans leur main et cachèrent les yeux de leurs « prisonniers » en les poussant vers l'hélicoptère.
Steve eut juste le temps de voir Amy se faire aspirer par le sol, le visage parfaitement serein.

dimanche 6 novembre 2016

ROMAN "AMY WILLIAMS, L’ACADÉMIE" : EPISODE 3 TOME 2 PAR KALTOUM

              - Comment ça ?s'exclama Steve, hors de lui. Le directeur est au courant ? C'est Victor que j'ai formé hier soir, c'est lui qui doit venir. Je n'ai pas le temps de refaire la séance d'entraînement à qui que ce soit d'autre. Et, nous sommes en retard. Très en retard.
            - Neil est en deuxième année, je crois qu'il saura très bien s'en sortir, expliqua Amy.
            - Neil ? s'exclama Steve en le pointant du doigt.
            - Moi ?fit Neil en même temps que Steve.
            - Oui. On n'a pas le temps de changer et nous sommes en retard. Très en retard, répéta Amy en imitant Steve.
            Steve tiqua et fit signe aux deux élèves de le suivre.
            Arrivés devant les grilles de l'Académie, une mini-limousine noire aux vitres teintées nous attendait. Le chauffeur portait des lunettes noires, bien que le soleil n'ait pas encore commencé son ascension. La banquette arrière était doublée de cuir rouge et un petit bar contenant des boissons et des petits snacks était à disposition. 
            - Vous êtes en retard, grinça le chauffeur en activant la clé de contact.
            - Très en retard, ajouta Neil en ricanant.
            Le chauffeur ne prit pas la peine de répondre et demanda à Steve de verrouiller les portes avec le système « ALERTE ».
            - C'est quoi, ce système alerte ?demanda Amy.
            - C'est une sorte d'alarme...commença Steve.
            - En fait, c'est au cas où l'Ombre nous aurait tendu un piège, le coupa Neil. Le système crée un leurre nous représentant, histoire d'occuper un peu les Silhouettes le temps de s'échapper.
            - Et quel est le rapport avec l'alarme ?demanda Amy en se tournant vers Steve.
            - Elle est censée faire un son horrible, pour ralentir les Silhouettes. C'est pour ça qu'il faut mettre des bouchons dans ses oreilles.
            - J'espère qu'on en arrivera pas là, murmura Amy en attachant sa ceinture.
            - Moi aussi, souffla Steve avant d'activer le système ALERTE.

dimanche 9 octobre 2016

ROMAN "AMY WILLIAMS, L’ACADÉMIE" : EPISODE 2 TOME 2


  - J'arrive, céda Amy, agacée.
  En effet, derrière la pile de bacs, une petite ouverture dans le mur servait de sortie à ce qui ressemblait vaguement à un souterrain. Amy leva les yeux vers le garçon qui se tortillait à l'intérieur, le pied prit entre la paroi du tunnel et la porte. Il avait les cheveux ébouriffés et son uniforme était maculé de boue et de poussière. Visiblement, il avait passé un bon bout de temps dans les sous-sols.
   - Déplace juste la pile, parvint-il à articuler, le visage crispé de douleur.
   Amy s’exécuta et tira Neil vers l'extérieur. Il avait la cheville enflée et les doigts tailladés. 
    - Je crois que tu t'es foulé la cheville, diagnostiqua Amy en observant le pied de Neil. 
    - Merci docteur, je n'aurais pas pu le savoir sans vous, ironisa ce dernier en se redressant.
    - Tu veut retourner à l'intérieur ? le menaça Amy. Et d'ailleurs, qu'est-ce que tu fabriques tout seul, hors de l'Académie et en plus pendant la nuit ?
    - J'allais te demander la même chose, souffla Neil en sortant un morceau de papier chiffonné de sa poche.
    - Je me promenais, répondit simplement Amy.
    - Vraiment ? Hors de l'Académie et en plus pendant la nuit ?l'imita Neil en souriant.
       Amy ne prit pas la peine de répondre et se leva, tapotant sa robe pour la débarrasser de la terre.
     - Oui, vraiment. Je vais poursuivre ma visite du parc, tiens.
     - En me laissant moisir ici ?
     - Je t'ai sorti du passage, tu ne m'as pas remerciée et tu te payes ma tête depuis tout à l'heure. Et, par-dessus tout, je ne te connais même pas.
     - Neil Brixton, deuxième année à l'Académie, chambre numéro 24.
     - Amy Williams, première année ici. Et dernière, je pense.
     - Pourquoi ?
     - C'est personnel. Steve !
     - Hein ?
        Amy ne prit pas la peine de lui répondre et écarquilla les yeux en sortant précipitamment de la serre, suivie de près par Neil.
     - Amy, qu'est-ce que tu fais ici ? Et...Neil ?!ajouta Steve, surpris. Amy, l'Ombre t'as convoquée. Je crois que tu n'as pas très bien compris qui c'était.
     - L'Ombre ?déglutit Neil.
     - J'allais retourner à l'intérieur, se défendit Amy.
     - Peu importe, dépêche-toi. Tu avais choisi Victor pour t'accompagner, n'est-ce pas ?
     - Oui, c'est bien ça, il est prêt ?
     - Pardon ?fit Steve. TU as choisi ton partenaire, donc TU devais t'occuper pour que vous soyez prêts tous les deux. Dépêche-toi d'aller le chercher, où tes chances de sortir vivante de chez l'Ombre passeront de zéro virgule zéro zéro zéro un à moins deux cinquante.
     - Pourquoi Amy doit aller chez l'Ombre ?redemanda Neil, inquiet.
     - C'est trop long à expliquer. D'ailleurs, retourne à ta chambre, tu n'as rien à faire ici.
        Neil rejoignit Amy au sommet des marches.     
     - Amy, dis-moi ce que tu vas faire chez l'Ombre.
     - Je...je n'ai pas le temps, souffla Amy tout en traversant le hall.
     - Promet-moi de faire attention à toi.
     - On dirait ma mère, sourit Amy. Neil est une maman-poule, claironna-t-elle en arrivant dans le couloir qui desservait les chambres des garçons.
     - Amy, je suis très sérieux. Tu m'as sauvé la vie, je te dois bien de te prévenir.
     - Me prévenir, hein...Comme si on ne m'avait pas déjà dit de faire attention.
        Arrivée devant la porte de la chambre de Victor, Amy frappa doucement. Aucune réponse. Elle se risqua alors à ouvrir la chambre. Victor était affalé sur un canapé, des papiers de bonbons éparpillés au sol.
      - Ton ami a l'air très en forme, railla Neil, par-dessus son épaule.
      - On va le laisser dormir, chuchota Amy en refermant lentement la porte. Suis-moi.
        Amy redescendit pour la deuxième fois les marches, retraversa le hall et rejoignit la serre où Steve commençait à s'impatienter.
       - Où est Victor ?brailla-t-il.          
       - J'ai changé de partenaire, annonça Amy.

Kaltoum

dimanche 2 octobre 2016

ROMAN "AMY WILLIAMS, L’ACADÉMIE" : EPISODE 1 (DÉBUT DU TOME 2 )

       Amy se réveilla brusquement, le front perlé de sueur. Elle se redressa machinalement sur son lit et plissa des yeux pour s'adapter à l'obscurité de la pièce. Une petite lumière émanait du pendentif qu'elle avait soigneusement posé sur son bureau. La jeune fille se leva et prit le bijou entre ses mains. Les couleurs qui se mouvaient à travers la vitre la fascinaient toujours, bien qu'elle y soit habituée. Elle approcha son visage du collier, essayant de discerner autre chose que les lents remous des couleurs. En vain. Amy jeta un coup d'oeil à son réveil et constata – non sans exaspération – qu'il était seulement six heures moins le quart. D'après ses souvenirs, le réfectoire ouvrait à sept heures, la bibliothèque à six heures et demie et le parc...eh bien, elle n'en avait pas la moindre idée. Et c'est d'ailleurs pour cela qu'elle décida de s'y rendre. Sans prendre la peine de s'habiller ni de se chausser, Amy s'éclipsa silencieusement de sa chambre.
            Le silence profond qui pesait dans le hall la mettait mal à l'aise. Pressant le pas, Amy ouvrit les lourdes portes de verre et offrit son visage à la douceur de la nuit. Une brise fraîche faisait virevolter ses cheveux et le bas de sa robe de pyjama. Regrettant de ne pas avoir pris avec elle de quoi se couvrir, Amy inspira une bonne goulée d'air frais et descendit les marches qui la séparaient du parc. Arrivée en bas, elle se mit à flâner dans les allées avant de s'arrêter devant une serre. L'endroit semblait abandonné.  Une porte en bois permettait d'accéder à l'intérieur, fermée par un cadenas rouillé qui semblait très fragile. Amy entreprit de l'ouvrir doucement pour ne pas laisser de traces de son passage mais à peine l'eut elle touché qu'il se cassa et tomba en poussière.
            À l'intérieur, une forte odeur de moisi imprégnait l'air. Un interrupteur crasseux allumait une ampoule suspendue à l'entrée. Des pots de fleurs brisés jonchaient le sol, des bacs en plastique décolorés étaient empilés les uns sur les autres, au fond d'un stock de sécateurs. Au milieu de la pièce trônait une statue représentant une femme assise sur une botte de paille, assemblant des roses pour en faire une couronne.
            Soudain, un bruit de verre cassé fit sursauter Amy. Elle entendit quelqu'un grommeler quelque chose, et, prise de panique, s'empara du premier objet qu'elle trouva pour s'armer. Elle enjamba les débris d'argile et de porcelaine et se posta au beau milieu de la serre, tenant fermement son arme de fortune d'une main.
            - Qui est là ?demanda-t-elle, sachant très bien que si quelqu'un l'espionnait, il ne se dénoncerait sûrement pas.
            N'obtenant aucune réponse, elle poursuivit :
            - Je vais finir par savoir qui vous êtes, alors autant vous dénoncer maintenant.
            - Au lieu de jouer à Sherlock Holmes, tu pourrais m'aider, non ?fit une voix au fond de la serre.
            - Ton prénom ?répliqua Amy en constatant que le timbre de la voix était celui d'un élève.
            - Neil. Tu peux m'aider, maintenant ?
            - Oui...murmura Amy, suspicieuse. Où es-tu ?
            - Près des sécateurs.
            - Je ne te vois pas.
            - Il y a une double-mur, expliqua Neil. Je suis derrière et la pile de bacs en plastique m'empêche de sortir.
            - Alors comment tu es entré dans le double-mur ?fit Amy, toujours méfiante.
            - C'est un passage secret. Écoute, sors-moi de là et je te promet de tout t'expliquer. Aïe, ma jambe s'est coincée. S'il te plaît, aide-moi, couina Neil.
           
Kaltoum

dimanche 26 juin 2016

ROMAN "AMY WILLIAMS, L’ACADÉMIE" : EPISODE 8 (FIN DU 1ER TOME)

Dans l'épisode précédent, Amy se remémore le jour d'anniversaire de ses neuf ans, où un étrange individu, une Silhouette, est venu chez elle, portant le même badge que celui de Steve. Dessus, une devise y est marquée : In umbra quam lux.


Épisode 8

            L'ombre dépasse la lumière. La phrase n'avait pas vraiment de sens à proprement parler, elle devait sûrement cacher une deuxième signification ; mais je n'arrivais pas à mettre le doigt dessus.
            C'était cette même broche que je voyais maintenant épinglée sur la cravate de Steve. En quelques secondes, j'avais quasiment revécu le jour d'anniversaire de mes neuf ans. Et Steve continuait à me regarder en souriant, indifférent à la panique qui se lisait sur mon visage. Comme s'il lisait dans mes pensées, il dit :
            - Tu admires ma cravate, c'est ça ? Elles sont jolies, ces tulipes, non ?
            Et comme je ne répondis pas, il ajouta, l'air malicieux :
            - A moins que tu ne soit paniquée par le fait que j'aurais la plus belle tenue qui n'est jamais existée pour le Bal des Apprentis. Malheureusement, tu ne seras pas là pour la contempler, je suis désolé. Je penserais à mettre des fleurs sur ta tombe, Williams. J'y penserais, répéta-t-il l'air glacial.
            Bizarre. Steve ne m'appelait jamais par mon nom de famille. Et il n'avait jamais cette voix-là non plus. De toute manière, je sentais bien que quelque chose d'anormal se passait. Steve n'était pas comme d'habitude et possédait la broche des Silhouettes. Oui, j'ai bien dit la broche des Silhouettes. Ça m'était revenue quand je pensais à Dave, le type qui était venu le jour de mes neufs ans. Il m'avait dit qu'il faisait partie d'un groupe secret pour rigoler (ou m'impressionner, je ne sais pas) puis avait dit, mot pour mot :
            « Mais non ! Je ne suis qu'une Silhouette et rien d'autre... »
            Rien d'autre...Il avait dit ça comme s'il subissait le fait d'être une Silhouette, comme si cela ne lui plaisait pas. Après avoir chassé ces sombres pensées, je remarquai avec stupeur que Steve n'avait ni broche, ni sourire diabolique et qu'il sirotait tranquillement un cocktail en lisant un morceau de papier.
            - Tu n'es pas fatiguée, Amy ?
            - N...non, pourquoi ?
            - Tu es dépressive de nature ?
            - Non...
            - Pour penser que je suis une Silhouette, il faut être un peu fatiguée, non ?
            - Comment tu sais que...
            - Tu sais ce qu'est l'Académie, Amy, non ? Je ne te l'ai pas expliqué pendant le trajet?me coupa Steve, amusé.
            - Oui, c'est une académie où...
            - Très bon début, m'interrompit Steve. L'Académie est une académie. Mais une académie pas comme les autres. Ici, tu apprendras à étudier les forces de l'esprit, tu sauras diffuser des ondes négatives ou positives selon tes envies et tu apprendras même à lire à travers la pensée des gens. Tout cela est...psychique, on va dire. Dans une semaine, les cours commenceront et tu comprendras mieux tout ça. Pour le moment, tâche de ressortir vivante et saine d'esprit de chez l'Ombre. Ce n'est pas pour te décourager que je te dis ça, mais en général, lorsque l'on revient vivant d'une petite visite chez l'Ombre, on a tendance à être un peu dérangé mentalement.
            - Et pas qu'un peu, à ce qu'on dit!ajouta une voix familière derrière moi. Carrément cinglé ! Les pires cas, les situations les plus désespérées des hôpitaux psychiatriques et des asiles ne sont rien par rapport à l'état dans lequel nous ressortons de chez l'Ombre. C'est dû au fait que notre cerveau, même entraîné, ne puisse pas admettre ce qu'il a vu.
            - Tu n'en sais rien du tout, Victor.
            - Je n'en savait rien jusqu'à ce que Mark me le raconte, monsieur, se défendit le rouquin, un sourire aux lèvres.
            - Je n'en savais rien jusqu'à ce que mon père me le raconte, se défendit à son tour Mark en retenant un fou rire.
            - Donc ton père est à l'origine de cette histoire.
            - De cette vérité, corrigea Mark, moins enthousiaste.
            - C'est bien vrai, admit Steve. Asseyez-vous donc à notre table. Je vais vous présenter à Amy.
            - C'est déjà fait, Steve, dis-je.
            - Très bien. Où sont Mary et Logan ?
            - Ici même, répondit Logan en surgissant derrière Mark qui éclata de rire.
            - Je suis là, répondit une voix claire et douce, celle de Mary.
            Décidément, cette fille avait le plus beau sourire au monde et une voix magnifique, même quand elle parlait...
            - Bien, bien, bien, déclara Steve en se frottant les mains, comme s'il venait de conclure une affaire particulièrement intéressante. Et si nous allions sur le canapé, là-bas?proposa-t-il.
            Victor et Mark échangèrent des regards gênés et Mark lui fit un signe de tête.
            - Euh...en fait, c'est pas qu'on ne vous aime pas, mais on avait l'intention de rester entre Premières Années, histoire de créer des liens d'amitiés et tout et tout...commença Victor, mal à l'aise.
            - Je vois, je vois, répondit Steve, songeur. Je ne savais pas comment vous dire que moi aussi j'avais un petit truc à faire. Il faut que j'aille voir Candyce.
            - Candyce?relevai-je, intéressée.
            - Hem, je dois y aller, glissa Steve avant de partir, rouge comme une pivoine.
            - Tiens, tiens, Steve nous cache quelque chose, susurra Mark avant de pouffer de rire avec Victor.
            - Une histoire qui m'a l'air bien croustillante, ajouta ce dernier, tout sourire.
            - Bon alors, les garçons, on fait quoi?coupa Logan.
            - Ce que tu veux, chef, dit Mark.
            - Et si on allait vers le bar ?proposa Victor. Apparemment, ils font des supers milk-shakes...
            - Allons-y alors, déclara Logan.
            Le petit groupe s'installa autour d'une table basse, sous des spots qui diffusaient des lumières multicolores.
            - On va au bar par équipes de deux, dit Victor. Mary et Amy, vous partirez les premières ; Victor et moi en deuxième et Logan, tu pars en troisième.
            - C'est ridicule, souffla Mary.
            - Allez, on y va, on n'a pas de temps à perdre, lança Victor en faisant mine de n'avoir rien entendu. Pour compenser le temps que vous nous faites perdre, vous irez en petites foulées, aller et retour.
            Mary soupira et se leva en me faisant signe de faire de même. Le bar était de forme circulaire et proposait au moins un milliard de choses. Une petite femme replète s'occupait de servir les clients. Elle portait un polo blanc et une jupe plissée à rayures blanches et rouges, assortie à son tablier rouge aux multiples poches toutes de tailles différentes. Sur son badge, on pouvait lire :
            « Candyce Candies, m'appeler uniquement Candyce »
            Mary s'approcha d'une vitrine qui présentait une variété infinie de pâtisseries. Au-dessus, une étagère entière était dédiée aux confiseries les plus populaires comme les sucres d'orge, les sucettes, les marshmallows, les pommes d'amour, la réglisse et j'en passe… Candyce regardait Mary d'un œil amusé et finit par lui demander :
            - Qu'est-ce qui te ferait plaisir ?
            - Un peu de tout, mais il y a tellement de choses que je ne pourrais pas tout goûter, répondit tristement Mary.
           - Eh bien, tu n'auras qu'à en emporter dans ta chambre, suggéra Candyce en lui faisant un clin d’œil.
            - On a le droit ?
            - Pas vraiment, mais puisque Steve m'a donnée la permission de vous laisser prendre tout ce que vous voudrez.
            - Vous connaissez Steve, demandai-je, naïve.
            - Bien sûr, c'est mon frère, expliqua Candyce en souriant. Sinon, vous avez trouvé ce vous voudrez, mademoiselle ?
            - Oui, je crois que c'est bon. Je prendrais bien deux verres de Coca.
            - Lequel ?
            - Je vais prendre le Coca bleu.
            - Très bon choix. Avec cela ?
            - Un verre d'orangeade et un thé au citron.
            - Ce sera tout pour les boissons ?
            - Amy, tu prends quoi?me demanda Mary.
            - Coca cerise, s'il te plaît.
            - Très bien, fit Candyce en remplissant un cinquième verre. Ensuite ?
            - Une demi-dizaine de choux à la crème, une part de mille-feuilles, une part de tropézienne, un donut chocolat-pistache, un autre café-spéculoos, un troisième au bubblegum.
            - Eh bien, ça fait beaucoup dis donc, tu as souvent faim comme ça ?
            - Non, non, je prend aussi pour des amis, répondit Mary en désignant les garçons d'un signe de tête.
            - Ah, je vois. Et pour toi, Amy, ce sera quoi ?
            - Je veux bien goûter une part de ce gâteau, dis-je en montrant du doigt un gâteau à la crème qui m'avait l'air particulièrement appétissant.
            - C'est ma toute dernière création, expliqua Candyce, ravie. En fait, c'est un gâteau-surprise. Il contient des petites billes de biscuits enrobées de chocolat. C'est le gâteau préféré de Steve et de M. Egnarte. Une grosse part ou une petite part pour goûter ?
            - J'en prendrais bien une grosse et quatre autres petites pour faire goûter à mes amis. Je suis sûre qu'il vont adorer, déjà rien qu'en voyant ce gâteau, j'ai l'impression que je pourrai en manger dix autres comme ça !
            - C'est gentil, merci, ma grande.
            - Il n'y a pas de quoi, et au passage, je ne serai pas contre un paquet de bonbons.
            - Je met un peu de tout ?
            - Pourquoi pas...
            - Très bien, voilà les filles, bonne soirée et n'hésitez pas à venir s'il vous manque quelque chose.
            - Pas de souci, répondit Mary avec son éternel sourire de publicité dentaire.
            Mary s'empara d'un plateau plein à ras-bord, me laissant celui le moins lourd. Candyce me glissa un paquet de dragées au caramel dans ma poche en me prévenant :
            - Ce sont des bonbons particuliers, Amy. Un seul suffit à endormir quelqu'un pendant plus de trois heures. Tu les utiliseras uniquement en cas de nécessité : si je te les donne, c'est que je sais ce qu'il t'attend demain, chez l'Ombre. Ne t'inquiètes pas, ils ont une apparence normale et un délicieux goût de caramel et de nougatine. Bon courage, Amy.
            - Je n'y manquerais pas, Candyce, lui répondis-je tristement.
            Mary me tira par la manche et me désigna d'un geste de la tête Mark, Victor et Logan qui s'étaient installés ailleurs avec une bande de Première Année que je ne connaissais pas.
            - Très bien, observa Mary, les lèvres pincées. Allons là-bas, me dit-elle en me montrant un coin de la salle où était aménagés un divan visiblement très confortable et un buffet bien garni, loin du groupe.
            Mary s'assit sur le divan et empoigna un paquet de dragées. Elle regarda notre ancienne place d'un air abattu et rageur puis regarda avec mépris le groupe dans lequel Mark et ses amis s'était ajoutés. Elle se tourna enfin vers moi et m'expliqua :     
            - Tu sais, je connais Mark depuis seulement quatre ans, bien que ce soit mon frère. Mais en seulement quatre ans, nous avons eu tout le temps nécessaire pour nous conduire comme des vrais frère et sœur qui se connaissent depuis leur naissance. Nous avons créé des liens que rien ne peut briser. Parfois, j'arrive à savoir ce qu'il pense et je peux deviner son humeur. Cela fonctionne aussi dans le sens inverse. Et c'est là qu'on a appris qu'on était télépathes. Et c'est aussi là que nous avons été invités à cette soi-disant fête de jeunes. Et que nous sommes tombés sur Logan et Victor. À partir de ce moment-là, Mark s'est beaucoup intéressé à ses nouveaux amis et j'ai eu l'impression qu'il m'avait...oubliée. J'étais si triste… Et Mark ne s'en apercevait même pas ! Alors peu à peu, j'ai commencé à éprouver de l'antipathie envers Logan et Victor, car ils m'avaient en quelque sorte volé mon frère. Je devenais distante mais ça aussi, Mark ne le remarquait pas. C'est vrai qu'on se fiche pas mal de sa sœur, le plus important, c'est de faire mumuse avec ses copains…
            Voyant que Mary avait les larmes aux yeux, je fis la chose la plus idiote en lui tendant une part du gâteau-surprise de Candyce. Elle sourit faiblement et enfonça sa fourchette dedans, retrouvant un peu sa gaieté.
            - Merci, Amy, heureusement que tu es là, toi. Je ne peux pas compter sur ces trois-là, ajouta-elle en désignant son frère et ses amis avec dédain. Tiens, ils reviennent, ricana-t-elle.
            - Alors les filles, ça gaze?lança Victor avant d'éclater de rire.
            - Pas mal, ouais, répliqua Mary en ouvrant un énième paquet de dragées.
            - Bon alors, qu'y-a-t-il de bon à manger?demanda Mark en regardant avec appétit les pâtisseries, les boissons et les confiseries étalés sur la table.
            - Je ne sais pas, va voir Candyce, répondit Mary.
            - Candyce ?
            - La dame qui s'occupe du stand bar-confiserie.
            - C'est donc elle...sourit Logan. Oh, tu as pris nos boissons !
            - Euh, non, ce sont les nôtres. Les vôtres, vous devez aller les chercher.
            - Mary je crois que tu exagères un peu, lui murmurai-je à l'oreille.
            - Non, Amy, ils n'ont que ce qu'ils méritent, répliqua-t-elle sèchement.
            - Comme tu veux, sœurette.
            Les garçons s'éloignèrent vers le bar-confiserie de Candyce et commandèrent un million de choses. Ils revinrent et posèrent tout sur la table. Victor saisit un paquet de nounours au chocolat et piocha dedans une bonne poignée qu'il engloutit d'un coup. La bouche encore pleine, il déclara :       
            - Ch'est chuper bon, cha !
            - Ne parles pas la bouche pleine, c'est malpoli, dit sèchement Mary en lui jetant un regard noir.
            - Ch'cuse moi, choeurette !
            Logan rit tellement qu'il recracha son coca sur la table.
            - Désolée, je vais tout nettoyer, dit-il encore hilare.
            - J'espère bien, fit Mary.
            - Oh, c'est bon, détends-toi!s'énerva Logan. Qu'est-ce qui t'arrive ?
            - Rien, se mit à sangloter Mary.
            Mark leva les yeux au ciel et prit une poignée de M&M's verts dans un sachet en papier. Il se servit ensuite d'une part de gâteau-surprise à la Candyce et le coupa en deux, faisant rouler les petites billes de chocolat et laissant un coulis de caramel onduler entre les décorations de pâte à sucre. Victor piqua avec sa fourchette dans un carré de gâteau et l'avala goulûment. Il se lécha les babines avant de se resservir une énorme part qu'il termina presque aussi vite que la première. Mark fit de même avec tous les paquets de dragées qu'il trouva sur la table pendant que Victor finissait tout le coca bleu qu'il avait ramené.
            - Comment faites-vous pour tout manger?ne put s'empêcher de demander Mary, dégoûtée.
            - Candyce nous a refilé un petit bonbon magique qui fait que notre estomac ne se remplit pas pendant les trois heures qui suivent, expliqua Victor en sortant des bonbons gélifiés de sa poche. Tiens, voilà, c'est ça. Ils ont tous un goût différent, le mien a eu un goût de bubblegum, celui de Mark était à la cerise et celui de Logan à la menthe. Le plus rare, c'est celui à la fraise tagada, apparemment, en plus d'être délicieux et de laisser notre ventre vide pendant trois heures, il nous offre la meilleure vision au monde ! On peut voir dans le noir, à travers un maximum de trois mètres d'épaisseur et notre vision s'étend jusqu'à un kilomètre ! T'imagines, si on tombe sur ce bonbec, on devient les rois du monde !
            - Parce que l'effet ne s'estompe jamais?demandai-je.
            - Non, tant que tu ne manges pas un marshmallow.
            - C'est une blague ?
            - Non, tu n'as qu'à aller demander à Candyce. Elle nous a dit que c'était même très utile pour les requêtes. On peut affamer quelqu'un pendant trois heures, c'est quand même quelque chose !
            - C'est dangereux, dis-je.
            - Pas plus que tes dragées endormeuses.
            - Comment es-tu au courant pour...
            - C'est Candyce qui nous l'a dit. On est un groupe et on doit tout savoir sur les armes de nos partenaires. Au cas où.
            - Je ne veux pas de ce groupe, décréta Mary, boudeuse.
            - Tu ne seras pas dans leur groupe, intervint Logan. Tu seras avec moi.
            - Ah oui, et pourquoi ?
            - Parce que c'est comme ça, je n'ai pas choisi. Et puis, tu n'es pas dans la même classe qu'Amy.
            - Ce qui fait que ?
            - Que tu ne peux pas être dans son groupe.
            - Pourtant, Victor et Mark sont dans le sien alors qu'ils ne sont pas dans la même classe.
            - C'est parce que, euh, les professeurs ont choisi que ce serait comme ça.
            Mary haussa un sourcil et me regarda.
            - Tu y crois, à tout ça ?
            - Je ne sais pas. On verra bien demain.  
            - Tu es chez l'Ombre, demain, me rappela Mary.
            - Et je compte en revenir, répliquai-je.
            - Et moi, je compte t'accompagner, décida Victor.
            Logan et Mark échangèrent un regard amusé.
            - Et pourquoi ça?demanda Mark plein de malice.
            - Parce que j'ai toujours voulu voir où habitait l'Ombre, se défendit Victor, écarlate.     
            - Ah, ouais, franchement?rajouta Logan en se retenant de rire. T'es bien le seul au monde qui rêve de voir l'Ombre.
            - C'est parce que je veux prouver que je peux m'en sortir sans vous. Vous croyez toujours que c'est grâce à vous que je réussis ce que je fais, et c'est faux.
            - C'est bien la première fois que tu nous dit ça, Vic. Il n'y a pas une seconde raison pour laquelle tu voudrais accompagner Amy?demanda Logan en appuyant bien sur le mot « accompagner ».
            - Eh, les gars, arrêtez de l'embêter, s'interposa Mary. Il fait ce qu'il veut, après tout. Tiens, tiens, Steve arrive...
            En effet, Steve arrivait, l'air triomphant. Il avait échangé son costard-cravate contre un jean simple et un pull portant l'écusson de l'Académie.
            - Alors, les jeunes, ça roule ?
            - Pas mal, ouais, dit Mark.
            - Amy, tu as choisi ton coéquipier?demanda Steve, impatient. Ou ta coéquipière, ajouta-t-il en remarquant l'existence de Mary.
            - Oui. Je vais prendre Victor.
            Mark et Logan gloussèrent sous le regard austère de Mary.
            - Un problème, sœurette ?demanda Mark.
            - Pas le moindre du monde.
            - Très bien, Amy, dit Steve. Tu viendras me voir à la fin du Dîner avec Victor. Je dois vous expliquer quelque chose et vous donner ce dont vous aurez besoin. Quant à moi, eh bien, je vais prendre un de ces donuts. Et ce verre d'orangeade, si cela ne vous dérange pas. Et pour le dessert, rien de mieux que ces petits bonbons gélifiés, non ?
            - Non !s'exclama Victor.
            - Pourquoi donc ? Tu n'es pas radin à ce point, quand même ?
            - Non, bien sûr que non, c'est juste que...
            - Ces bonbons ont des effets secondaires, termina Steve. Merci, je ne suis pas idiot à ce point, je connais très bien ce genre de friandises.
            - Et vous voulez en manger ?demanda Victor.
            - Non, je compte en faire une guirlande pour Noël, répliqua Steve, agacé. Amy, tu es sûre de ton choix pour demain?me demanda-t-il.
            - Absolument, confirmai-je en voyant que Victor s'empourprait.
           - A toi de voir. Bon, c'est pas tout mais j'ai encore un peu faim, alors je vais y aller. Juste un conseil : ne mangez pas les réglisses vertes de ma sœur, c'est une vrai catastrophe culinaire.
            - Merci pour le conseil, Steve!dit Logan.
            - Comment m'as-tu appelé ?
            - Euh...Steve.
            - Monsieur, tu dois m'appeler monsieur, pas Steve, entendu ?
            - Très bien. Au revoir, monsieur.
            - A très bientôt !
            Lorsque Steve s'éloigna, Mary se tourna vers son frère et le regarda droit dans les yeux.
            - Écoute-moi bien, Mark.
            - Je t'écoute, Mary.
            Voyant que Mary voulait parler privativement avec son frère, Logan, Victor et moi nous levâmes en assurant de revenir. Logan aperçu un garçon avec une glace à la chantilly et se précipita vers lui.
            - Eh, mec, elle est à quoi ta glace ?
            - Crème cookie, caramel, chocolat au lait surmontée de chantilly. Le cornet a un goût de cookie, aussi.
            - C'est Candyce qui te l'a faite ?
            - Non, c'est la dame qui s'occupe du bar-confiserie.
            - Donc c'est Candyce.
            - Non, non, je t'assure que c'est la dame du bar-confiserie.
            - Oui, bien sûr, marmonna Logan en tournant les talons.
            Victor m'entraîna à sa poursuite. Logan était en pleine négociation avec Candyce qui avait l'air très embêtée.
            - Écoute, jeune homme, ce n'est pas à toi de faire la loi, ici.
            - Je sais, je veux juste que vous m'emballiez ma glace dans le papier argenté.
            - Si on te surprend avec, tu diras que tu l'a trouvé par terre, d'accord ?
            - Ça marche, dit Logan.
            La sœur de Steve parut soulagée et lui tendit sa glace dans un joli papier argenté.
            - Voilà pour toi.
            - Merci Candyce !
            - Et vous les enfants, vous voulez quelque chose?demanda Candyce en nous regardant.
            - Je vais prendre un smoothie au cookie, dis-je en regardant la liste infinie des saveurs possibles.
            - Très bien Amy, et toi mon garçon, tu veux quoi ?
            - Je prendrais la même chose.
            - Victor-le-copieur!lança Logan.
            - Arrête, le coupa-t-il. Je peux toujours parler de Mary, Logan.
            - Je voulais dire : Victor-aime-les-cookies !rectifia Logan, visiblement emplit d'un élan de panique.
            Victor leva les yeux au ciel, satisfait.
            - On va où, les gars ?demanda Logan.
            - On peut aller rejoindre Mark, proposa Victor. Il a terminé de parlé avec Mary.
            - Mais alors...où est Mary?m'inquiétai-je.
            - Demandons à Mark, proposa Logan, tout aussi inquiet.
            Mark nous rejoignit, l'air morose. Il saisit un paquet de Dragibus et l'ouvrit.
            - Qu'est-ce qu'il se passe?demanda Logan.
            - Mary a commencé à délirer et au final elle a piqué une crise et est montée en haut.
            - A quel sujet?demanda Logan.
            - Elle dit que je suis distant, que je ne fais pas attention à elle et que je ne lui parle pas souvent.
            - Elle m'en a parlé, déclarai-je. Elle vraiment triste, Mark, tu ne devrais pas te montrer aussi rude avec elle. À ses yeux, tu comptes énormément pour elle, elle ne veut pas te perdre une deuxième fois, tu comprends ?
            - Je sais, mais au point de dire que je l'ignore !
            - C'est ce qu'elle ressent, tu ne peux rien y changer, sauf en te montrant plus attentionné.
            - Logan, Victor, venez, on y va, me coupa Mark.
            - Comment ça « Logan, Victor ». Et moi ?
            - T'es du côté de ma sœur, de madame Je-me-plaint-de-tout-et-de-rien.
            - Arrête Mark, lançai-je sèchement. Ça ne sert à rien de monter sur tes grands chevaux, tu devrais réfléchir à ce que t'a dit ta sœur. Peut-être qu'elle ne compte pas beaucoup pour toi parce que tu as eu une deuxième famille depuis ta naissance, mais elle, elle est passée de famille d'accueil en famille d'accueil. Elle a été seule toute sa vie, alors pour une fois qu'elle retrouve quelqu'un de sa vraie famille, elle a le droit d'être heureuse. Tu  es égoïste, Mark. Je te rappelle que c'est ta sœur. Ta vraie sœur. Elle n'a pas eu la chance que tu as, de rester avec vos parents et de mener une vie normale. Elle a toujours changé de famille, sa vie n'était pas « stable ». Alors maintenant, pense-y un peu avant de l'envoyer balader.
            Mark me regardait désormais comme s'il allait m'étrangler sur-le-champs. Logan et Victor avait soudain trouvé un vif intérêt pour leurs chaussures.
            - Je ne sais pas pourquoi tu te mêles de ce qui ne te regarde pas, Amy. Tu crois peut-être changer le monde avec ta manière de penser ? Tu te crois peut-être privilégiée parce que tu vas voir l'Ombre demain ? C'est ça, hein ?hurla-t-il en écumant de rage.
            - Je te laisse réfléchir, Mark, répliquai-je, tout aussi énervée. À demain.
            - A jamais, tu veux dire. Tu crois aussi t'en sortir vivante, c'est ça ?
            - Oui c'est ça. Et ce ne sera pas grâce à toi, Mark.
            Je partis vers la sortie, presque en courant, quand quelqu'un m'attrapa par le bras. C'était Victor.
            - Amy, haleta-t-il. On doit aller voir Steve, après, poursuivit-il, essoufflé.
            - Je sais. J'y allais justement.
            - Et tu comptais y aller sans moi?demanda-t-il tristement.
            - Mais non, Victor, j'allais venir te chercher, mais comme tu es déjà là, eh bien, allons-y.
            - En avant toute!cria Victor dans le couloir désert.
            - Chut, évite de crier, lui conseillai-je.
            - A vos ordres, chef.
            Je ne pus m'empêcher de sourire. Nous arrivâmes enfin dans le couloir de l'administration. Une porte s'ouvrit et le Directeur en sortit, l'air réjoui.
            - Je viens de conclure une affaire très importante, nous dit-il.
            - Vous m'en voyez bien satisfaite, répondis-je.
            - Ah, mais au fait, vous n'êtes que des élèves!s'exclama-t-il en recouvrant ses esprits. Que faites-vous ici ?
            - On doit aller voir Steve, expliqua Victor.
            - Je vous accompagne. Amy, tu es assez confiante, pour demain ?
            - Oui, je vous assure.
            - Je n'aurais jamais accepté que l'un de mes élèves se rende là-bas, mais vois-tu l'Ombre est quelqu'un de très malin. Il sait convaincre les gens. Bref, Steve va vous apprendre les bases de la maîtrise de l'esprit.
            Le Directeur arriva devant une porte en bois grossièrement peinte où était écrit à la bombe, laissant les lettres dégouliner : « NE PAS ENTRER ».
            - Ah, oui, Steve a fait ça il y a deux ans et il le regrette amèrement, sourit le Directeur.
            - Pourquoi il ne change pas la porte ?
            - Il ne peut pas la déplacer.
            - Et s'il la repeignait ?
            - Il ne peut pas la repeindre, autrement la peinture qui recouvrait celle-là s'écaillerait et tomberait immédiatement. Maintenant, tiens-moi la main, Amy, et Victor tiens celle d'Amy de telle sorte à faire une chaîne.
            - Pourquoi?demandai-je.
            - Parce que vous n'êtes pas autorisés à entrer ici et que la porte est protégée. En   l'occurrence, moi, je suis autorisé et si vous me donnez la main, ce sera comme si une seule personne entrait.
            - Très bien, dis-je.
            Je tendis ma main vers le Directeur qui la saisit avec vigueur puis je me tournis vers Victor et lui tendis ma main. Il la saisit doucement et sourit discrètement.
            - Tout est bon?demanda le Directeur.
            - Oui.
            - Entrons, alors !
            La pièce dans laquelle nous entrâmes était spacieuse et, étonnamment, n'avait rien à voir avec la porte. Elle était arrangée dans le style victorien et une légère odeur de citron flottait dans l'air. Un carillon diffusait une mélodie angélique, ce qui détendait un peu. Le Directeur me lâcha la main et se l'essuya dans un mouchoir avant de me sourire gentiment et de m'expliquer :
            - Tu as reçu un colis de l'Ombre.
            Un bruit de verre cassé brisa le silence et Victor me serra la main un peu plus fort pour se rassurer.
            « Quelle chochotte »pensai-je.
            Steve apparut et nous sourit :
            - Alors, mon chez-moi c'est comment ?
            - Le papier-peint commence à déteindre, la moquette est un peu élimée et l'ampoule est sur le point de rendre l'âme, décréta le Directeur. Je te l'ai déjà dit, Steve, il faut que tu rénoves cet appartement. Je te l'ai dit au moins trente milliards de fois.
            - Au moins. Vous êtes trop modeste, monsieur. Vous me l'avez dit au moins huit cent milliards de fois !
            - Vous êtes incorrigible, Steve. Allez, faites ce que vous avez à faire avec ces deux-là,  je dois y aller.
            - A votre place, j'aurais dit : je dois vaquer à mes occupations.
            - Très bien, Steve, je dois vaquer à mes occupations, céda le Directeur avant de partir.
            - Alors les enfants, on commence tout de suite. Installez-vous sur ces fauteuils. Prenez chacun un crayon à papier et un calepin. C'est fait ? Voilà, c'est bien. Notez la date d'aujourd'hui, c'est très important.
            - Pourquoi est-ce important?demanda Victor.
            - Il faut toujours noter la date. Vous devez datez tout ce que vous faites, cela peut vous sauver la vie, comme ça a sauvé la vie à mon arrière-grand-père.  Il écrivait tout ce qu'il apprenait et n'oubliait pas de mettre la date. Son journal est maintenant publié en dix exemplaires, tous éparpillés dans chaque Académie.
            - Il existe plusieurs Académies?s'exclama Victor.
            - Oui, sinon je n'aurais pas dit « dans chaque Académie ». Réfléchis un peu, la prochaine fois, répondit Steve, irrité.
            « Là c'est sûr : Steve n'apprécie pas du tout Victor »pensai-je en remarquant le regard agacé que Steve ne cessait de jeter à Victor.
            - Je disais donc avant que cet impertinent individu ne m’interrompe, qu'il était très important de noter la date dès que vous prenez des notes. Cela peut servir de témoignage. Bref, revenons-en à notre objectif principal qui est l'étude de la maîtrise de l'esprit. Un petit mot avant de commencer, on est pas dans un film, donc oubliez tout de suite les objets volants à une vitesse folle, les claquements de doigts qui font apparaître ce que vous voulez, le fait de devenir invisible par sa simple volonté et tout le reste. Par contre, vous pourrez bloquer votre esprit, c'est-à-dire que les autres n'auront pas accès vos pensées et vos souvenirs. D'ailleurs, c'est votre première leçon et il serait grand temps de commencer ! Prenez votre stylo et notez, juste en-dessous de la date « Première leçon ». N'oubliez pas de souligner ce titre et d'écrire en majuscules. C'est fait ? Bien. Passons à l'expérience. Allez, donnez-vous la main.
            Steve jeta un regard malicieux à nos mais déjà enlacées.
            - Oh, je vois que vous l'avez déjà fait, dit-il d'une voix pleine de sous-entendu. Bien. Très bien, même. J'aime bien quand les élèves savent anticiper les choses, c'est une preuve de bonne volonté pour travailler.
            Voyant que j'avais pris une légère teinte rougeâtre, Steve en profita :
            - Amy, je vois que tu rougis. Trop de compliments, c'est cela ?
            - Steve, grommelai-je.
            - En personne, que puis-je faire pour toi ?
            - Steve, commença Victor. Euh, monsieur Steve, rectifia-t-il. Et si on commençait la leçon ? Il faudrait que je sache maîtriser mon esprit si l'Ombre m'attends demain.
            - Et si tu veux sauver une jeune demoiselle en détresse, poursuivit Steve. Oh, toi aussi tu adoptes la mode du rose-aux-joues, à ce que je vois...
            - Bon, arrêtes d'embêter ces petits, Titi, le Directeur t'as demandé de leur apprendre la maîtrise des esprits, pas de les embêter et de les embarrasser, fit une voix derrière nous.
            - Titi?!s'exclama Victor en me jetant un regard amusé.
            - C'est le surnom que Candyce me donne depuis que je suis né. Je lui ai demandé un bon millier de fois d'arrêter, mais elle s'obstine à me coller ce surnom.
            - Tu n'oublierais pas une petite partie de l'histoire, Steve ?demanda Candyce.
            - Non...
            - Hum...ça vous dit de connaître la vraie histoire ? Ce n'est pas pour rien que je le surnomme « Titi ».
            - Candyce, Candyce, tu viens de le dire il y a moins cinq minutes : laissons ces enfants travailler!dit Steve en lui jetant un regard suppliant. Et puis, le Directeur m'a demandé de terminer toute cette histoire ce soir et non pas demain.
            - Oh, c'est toi qui nous accompagne?demandai-je, feignant d'être déçue.
            - Oui, à mon plus grand malheur…
            - Au mien aussi, ajoutai-je.
            - Bon, allez, revenons-en au sujet principal, décréta Steve en reprenant un air sérieux.
            Candyce arriva à ce moment-là avec un plateau bien garnie et annonça qu'elle allait retourner à ses appartements. Steve nous appris à se concentrer sur une seule chose, sans rien penser, ce qui s'avéra très compliqué puisque j'étais toujours distraite par un rien. Ensuite, il nous expliqua pendant un bon bout de temps qu'il était très important de « vider son esprit » afin de pouvoir accéder à un état de quasi-clairvoyance. Après deux longues heures de cours, nous fûmes enfin autorisés à regagner notre chambre respective. Avant de se séparer, Victor m'annonça avec joie qu'il avait prévu une petite surprise pour Mark.
            - Quel genre de surprise?demandai-je.
            - Une petite blague assez amusante, rien de très méchant.
            - Avec ce qui s'est passé ce soir, tu devrais éviter, il doit être sur les nerfs.
            - Mais non, ne t'inquiètes pas.
            - A ta place, j'éviterais de faire quoi que ce soit qui puisse le mettre en rogne.
            - Sauf que tu n'es pas à ma place, répliqua Victor.
            - Et j'en suis encore heureuse, conclu-je avant de regagner l'aile des filles.
            Le couloir était particulièrement silencieux. Soit tout le monde dormait – ce qui semblait improbable vu que le dîner venait de se terminer il y a seulement quinze minutes – ou soit  l'Académie possédait des portes et des murs vraiment très isolants.
            La porte de ma chambre était la seule qui paraissait vraiment ancienne. Toutes les portes étaient en excellent état, les poignées étaient parfaitement vernies et le bois des portes était merveilleusement poli ; contrairement à ma poignée décolorée et ma porte ébréchée. Heureusement que pour compenser, j'avais ma chambre à moi toute seule. Toutes les portes étaient fermées, sauf celle de Clara. Peut-être qu'elle ne serait pas contre un petit instant papotage-chamallow. Cependant, mes souvenirs de conversation avec elle n'étaient pas vraiment bons, ce qui signifiait entre autre que je pouvais abandonner l'idée d'un quelconque instant papotage-chamallow. Clara sortit justement de sa chambre, les mains sur les hanches.
            - Tiens, tiens, qui voilà ? Mais c'est Amy !
            - Non, c'est la reine d'Angleterre.
            - Bonsoir, Sa Majesté, ironisa Clara.
            - Qu'est-ce que tu me veux?demandai-je avec méfiance.
            - Viens, entre on en a peut-être pour longtemps, me dit-elle en ouvrant grand sa porte.
            J'entrai, m'attendant à une blague, une caméra cachée ou je ne sais quoi d'autre qui pourrait bien venir de la part de Clara. Trois fauteuils confortables avaient été installés autour d'une table basse bien garnie. Melissa, la colocataire de Clara se tenait devant la porte de leur salle de bain privative, les bras croisés. Elle me regardait d'un réprobateur en secouant la tête. Clara s'assit et m'invita à faire de même. Elle croisa ses jambes et se servit une tasse de thé aux fruits rouges et trempa dedans un biscuit sec.
            - Amy, demain tu pars chez l'Ombre.
            - On me l'a fait remarquer au moins cent fois, donc je pense que je m'en souviens, répliquai-je, agacée.
            Clara ne répondit pas et poursuivit :
            - Ma tante est chez l'Ombre. Elle a été faite prisonnière lors du Grand Chaos.
            - Le Grand Chaos?répétai-je, sans savoir de quoi elle parlait.
            Clara me fit signe de me taire.
            - Elle a une chance énorme de s'en être tirée vivante. Grâce à une Silhouette. Elle l'a prise en charge et lui a tout appris sur la maîtrise des esprits, et cetera. En revanche, la Silhouette lui a fait prêter serment de ne jamais la quitter et ma tante a accepté ; ce qui fait que sa vie est réduite à être la servante d'une Silhouette trop possessive.
            - Juste une petite question, glissai-je. Comment tu sais tout ça si ta tante n'a jamais quitté la Silhouette ?
            Melissa poussa un long soupir et leva les yeux au ciel.
            - Les lettres. Ma tante nous écrivait chaque mois.
            - Elle ne vous écrit plus ?
            - Elle pouvait nous écrire mais nous, nous ne pouvions pas lui répondre, continua Clara en me regardant avec dédain. Au bout d'un moment, elle nous écrivit de plus en plus, deux fois par mois, puis toutes les semaines et même tous les jours. Ses lettres expliquaient que l'Ombre prévoyait le grand événement de l'année. Mais bon, ça tu n'as pas à le savoir. Ce que je veux te dire c'est que nous n'avions jamais pu lui transmettre quelque chose d'important puisque aucun de nous n'était assez fou pour se rendre chez une Silhouette. Mais toi, tu va y aller. Donc tu seras en mesure de donner un paquet à ma tante.
            - Quel genre de paquet ?
            - Cela ne te regardes pas, répliqua Clara.
            - Si, puisque je suis chargée de le transmettre.
            - Tu es vraiment agaçante, dit Melissa sans même lever la tête, trop occupée à refaire son vernis.
            - Tu n'en sauras rien, interrompit sèchement Clara. Tu acceptes ou pas de transmettre le paquet, c'est à toi de voir, dit-elle, une lueur mauvaise dans les yeux.
            - Eh bien, si cela peut rendre service à ta famille...
            - Très bien. Melissa, l'aiguille et les papiers. Ma famille a préparé des feuilles que du dois signer au sang, c'est comme ça que l'on fait un pacte officiel, chez nous. Tu n'as pas le temps de tout lire, donc signe juste.
           Melissa me pris la main et enfonça l'aiguille dans mon index, laissant échapper un petit flot de sang. Mon visage se crispa, puis la douleur cessa.
            - Laisse ton empreinte dans chaque case rouge. Fais-vite, sinon le sang va sécher. Voilà, très bien. Maintenant si tu ne transmet pas le paquet, tu peux t'attendre à des choses que tu ne peux même pas imaginer. Allez, retourne à ta chambre, m'ordonna Clara qui avait perdu sa douce voix. Tiens, c'est ce que tu dois donner à ma tante, me dit-elle en me jetant un minuscule paquet de forme cylindrique. Et ne m'adresse plus jamais la parole, ajouta-t-elle en me poussant hors de sa chambre.
            J'étais quasiment sûre de m'être fait berner. J'avais mit mon sang sur plusieurs papiers, dont un qui avait retenu mon attention. Je n'avais pas pu le lire entièrement car Clara me laissait tout juste le temps de laisser mon empreinte dessus mais j'avais pu distinguer une phrase :
            « Amy Lauren Williams Connor, fille de Monsieur Scott James Connor et Madame Katherin McMillan ».
            Étrange. Mes parents ne s'appelaient ni Scott ni Katherin. Et je n'étais pas au courant que mon deuxième prénom était « Lauren » ni que mon nom de famille était aussi « Connor ». Et puis, encore plus étrange, comment la famille de Clara aurait pu savoir à l'avance que j'allais me rendre chez l'Ombre ? Et comment me connaissaient-ils tout simplement ? Je notai dans un coin de ma tête qu'il me faudrait poser toutes ces questions à Melissa, puisque Clara ne semblait plus disposer à me parler.
            Alors que je vidais mes poches des milliers de friandises que Candyce m'avait donnése, un bruit de verre cassé provenant de la salle de bains résonna dans la chambre. Je décidai de m'y rendre, armée d'un sucre d'orge géant, sachant pertinemment qu'il n'allait m'être d'aucune utilité. Avant même d'avoir fait un geste, la porte s'ouvrit à la volée, laissant échapper un nuage de fumée noire. Au milieu, une femme lévitait à quelques centimètres au-dessus du sol.
            - Tu es en retard, Amy, dit-elle d'une voix froide.
            - Ce...ce ne peut pas être vous, balbutia-je.
            - Pourtant, je suis là, répliqua la femme en tendant ses bras vers moi. Viens par ici, Amy...
Kaltoum